2008/11/27

Histoire de vous conter quelque chose....

Elle se souvient de son enfance robe blanche, à la ferme avec Hans son papa : grosse barbe, pipe qui sentait bon, toujours le sourire, toujours prêt à aider ses voisins, le souvenir s'estompe et la réalité fait apparaitre la jeune fille dans un vieux miroir brisé et écaillé. de noir vêtue, le cohl de la veille noirci son regard et agrandi ses yeux qui mangent un petit visage de chat.
elle l'entend grogner dans son sommeil là bas au bout du couloir. le vin absorbé cette nuit l'a rendu mauvais et comme un ours blessé, il va bientôt se lever pour chercher à réduire au silence les hurlements dans sa tête et taper sur tout ce qui se mettra en travers de son chemin.
la jeune fille descend doucement les marches de l'appartement social que la ville a bien voulu leur louer. elle fuit comme tous les matins en espérant que ce soir à son retour son père sera déjà endormi et que le cauchemar ne se reproduira pas cette fois encore.
En cours elle se cache derrière une image noire et sombre de rebelle agressive pour éviter toute relation, elle ne peux pas se permettre d'avoir des amis.
La radio du bar ou elle travaille deux heures tous les matins braille confusément les infos. Encore une enfant kidnappée ce sera la cinquième de cette année .
Les cours sont finis, les ados se sentent inquiets de sa présence sombre et ne cherchent pas à se rapprocher, elle en est attristée et soulagée .
Elle se rends une nouvelle fois au café, travaillera jusqu'à tard dans la nuit et va rentrer avec l'angoisse au cœur.
Des bruits sourds se font entendre .
Tristement elle pousse la porte de son "chez elle" son père la regarde avec des yeux vide lui demande si elle n'a pas vu Émilie.
Comme chaque fois elle répond qu'elle ne l'a pas vue
Comme chaque fois il fouille partout dans l'appartement, bousculant tout, brisant le peu qu'ils ont encore et appellera à s'en briser les cordes vocales puis prendra sa bouteille et cherchera à se perdre dedans.



Émilie la petite fille en robe blanche qui parcourait la campagne avec son chien est revenue un après midi , les voisins étaient là autour de la ferme il y avait des voitures étrangères, des gyrophares, un genre de silence lourd qui traduit qu'une catastrophe vient de se passer.
son papa est tombé. il s'est fait très mal à la tête lui a t-on expliqué gentiment. on va le mener dans un hôpital et le soigner, puis il reviendra. En attendant elle devra aller vivre à l'orphelinat, on s'occupera des bêtes et de la ferme! non elle ne peux pas rester, elle est trop jeune , à 8 ans on ne vit pas tout seul!
Émilie grandira loin de son papa et de son chien qu'elle ne reverra plus.
Émilie a jeté sa robe blanche et ses rêves d'enfants
Émilie à 16 ans elle a retrouvé son papa sorti de la maison de repos après un long comas. il n'a jamais reconnu son Émilie et il l'a cherche.
il l'a cherche dans l'alcool, dans la ville, dans les fermes environnantes. de temps en temps il croise des fillettes vêtues de blanc, accompagnées de leur famille elles ressemblent à son Émilie qu'il aimait tant! alors il les suit pendant quelques mettre puis se détourne pour chercher ailleurs.
De temps à autres il redevient joyeux pendant quelques jours puis, retombe dans son apathie, depuis quelques mois
elle espère que c'est un signe .mais au cœur, le doute.

Les vacances d'automne, le bar ferme une semaine. la voila désœuvrée. père est dans une phase "souriante".
ce soir il lui reparle de la ferme ou il y a Émilie qui l'attend.

Glacée jusqu'à l'os, bouche sèche, elle se rend compte que quelque chose ne va plus.

Le sourire à travers la vieille barbe grise lui fait peur.

Elle attendra une partie de la nuit qu'il se calme puis prends son sac, sans un regard elle pars à travers la ville.
La gare vide balance ses courants d'air glacés sur le quai.
Les sifflement des freins la réveille alors qu'elle ne pensait pas s'endormir; le doux balancement du wagon est parvenu à vaincre son angoisse

Le chemin de terre bordé de champs vides, les maisons de plus en plus éparses, des prairies, l'aube pointe, et Émilie arrive bientôt au croisement du grand chêne ou elle a passé son enfance.

L'arbre est toujours là.

La ferme, la grange, l'enclos, les vaches tout est là comme avant mais plus petit. plus vieux. Les voisins n'ont pas pu garder en état la ferme aussi longtemps. le bâtiment peu à peu abandonné s'est ratatiné sur lui même et son cœur se serre au milieu du lever de soleil le plus triste du monde.

Elle commence à observer le pourtour du bâtiment, des traces de passages récents sont visibles
mais pas évident, elle franchit avec circonspection le pas de la porte arrière, dans la cuisine tout est détruit la poussière recouvre la surface.

Elle regarde la désolation, respire un peu d'air du matin, puis entre finalement dans le coeur de la maison. monte les escaliers branlants, tout semble sur le point de s'écrouler, mais elle continue, elle doit savoir.

La chambre est fermée

La porte s'ouvre en craquant, la poussière vole, un rayon de soleil barre la chambre en diagonale éblouissant

Elle attends que ses yeux s'habituent, elle voit du tissus blanc éparpillé partout le lit cassé le matelas éventré, les rideaux pendent en loque, son regard s'embue malgré elle, la nostalgie est sur le point d'emporter ses intuitions, mais elle aperçoit quelque chose dans l'angle.
Une chaussure en plastique vert cachée sous un oreiller. Une sandale d'enfant. pas à elle, non, à son age elle avait que des chaussures en cuir pour les petites filles à la ferme.

Un nœud dans la gorge elle comprends qu'il faut quelle se dépêche le temps lui est compté . S'il est dans sa phase "souriante" c'est qu'il a recommencé et si ça dure plusieurs jours c'est qu'il revient jusqu'à ce que....

L'urgence l'a fait trébucher des larmes coulent sans qu'elle s'en aperçoive, réfléchi Émilie, réfléchi. ou jouais tu ? ou passais tu ton temps? le chien dans la grange? le grenier et ses trésors?
comme une folle elle va chercher partout sur les traces de son passé.

Une odeur terrifiante la cloue sur place derrière l'armoire dans le grenier il y a une porte qu'elle connait bien.
des mouches volent autour d'elle

NON, non je ne peux pas... elle se retourne descend 4 à 4 les escaliers qui s'écroulent à moitié étrangement elle se demande comment son père arrive à les monter avec une enfant dans ses bras alors qu'ils sont si instables!

Elle court...

Jusqu'au village jusqu'au commissariat...

Des voitures des gens autour de sa ferme, son père la tête en sang, hurle son nom,. il ne la voit pas. il la cherche et ne la voit pas.

On lui dira plus tard qu'il cherchait sa petite Émilie, qu'il croyais la retrouver à travers ces fillettes mais que sa tête n'était plus très claire et au bout d'un moment les oubliait dans le grenier et tout recommençait. Au bout de quelques mois il cherchait son petit trésor et le ramenait dans ses souvenirs sans voir l'horreur de ses actes...
elle savais déjà.

Lola Theme Gautier

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